La Strasbourgeoise raconte le parcours d’une fillette dont le père part à la guerre, meurt au combat et qui finit par mendier dans les rues de Strasbourg occupée. Composé après la défaite française de 1870 par Gaston Villemer, Lucien Delormel (paroles) et Henri Natif (musique), ce chant pose une difficulté concrète quand on veut le faire découvrir à de jeunes élèves.
La violence du récit, le vocabulaire daté et la charge patriotique demandent un travail de contextualisation avant même d’ouvrir la bouche pour chanter.
Trois titres pour un même chant : éviter la confusion dès le départ
Avant de distribuer un texte aux enfants, il faut savoir que cette chanson circule encore sous plusieurs appellations. On la trouve référencée comme La Mendiante de Strasbourg, L’Enfant de Strasbourg ou La Strasbourgeoise selon les carnets de chants, les partitions et les plateformes de streaming.
Le titre original, La Mendiante de Strasbourg, a été publié en 1876 pour le répertoire du café-concert. Les versions militaires apparues bien plus tard ont préféré La Strasbourgeoise, plus martial. Si vous préparez un support écrit pour une classe, précisez d’emblée que ces noms désignent la même chanson. Cela évite qu’un enfant, en cherchant les paroles chez lui, tombe sur une version différente sans comprendre pourquoi.

Paroles de La Strasbourgeoise : ce que le texte raconte couplet par couplet
Le récit suit une progression narrative claire, ce qui constitue un atout pédagogique. Chaque couplet marque une étape de la vie de l’enfant, et cette structure linéaire peut être exploitée en classe comme un mini-récit séquencé.
- Couplets 1 et 2 : le père enfile son uniforme, la fillette croit à un déguisement de mi-carême. Le père lui explique qu’il part pour la patrie et promet de revenir vite.
- Couplets 3 et 4 : une médaille et une lettre arrivent. La mère pleure, l’enfant comprend que son père est mort. Le texte nomme la guerre « atroce » et parle des « petits anges blonds » privés de père.
- Couplets 5 à 7 : la fillette, devenue mendiante dans Strasbourg enneigée, refuse l’aumône d’un soldat allemand. Elle revendique sa fidélité à la France et affirme que l’Alsace et la Lorraine restent françaises.
Cette progression (insouciance, deuil, résistance) donne un cadre narratif que les enfants peuvent suivre sans difficulté, à condition d’expliquer le vocabulaire avant la lecture.
Mots et expressions à éclaircir avant la lecture
Le texte contient des termes que des élèves de primaire ne maîtrisent pas forcément : « mi-carême », « défailles », « haïssons », « aumône ». Plutôt que de moderniser les paroles, un glossaire de cinq ou six mots suffit. Le registre ancien fait partie de l’intérêt du document : il montre aux enfants qu’une chanson peut traverser plus d’un siècle.
Le mot « ennemi », répété dans les derniers couplets, mérite une mise en contexte historique. Il désigne ici le soldat prussien dans le cadre précis de la guerre de 1870 et de l’annexion de l’Alsace-Lorraine. Replacer ce mot dans son époque empêche toute lecture anachronique.
Le rôle du bis dans l’apprentissage du chant avec des enfants
Chaque couplet de La Strasbourgeoise se termine par un vers répété, marqué « bis » dans les carnets de chants militaires. Ce mécanisme de répétition n’est pas anodin sur le plan pédagogique : il permet aux enfants de mémoriser le texte par blocs courts.
En pratique, le bis fonctionne comme un refrain partiel. Un enseignant peut faire chanter le vers final par l’ensemble du groupe pendant qu’un soliste ou un petit groupe prend en charge le reste du couplet. Ce découpage rend l’apprentissage progressif et collectif, même avec des enfants qui ne lisent pas encore couramment.
La mélodie elle-même, d’allure simple et répétitive, favorise la mémorisation. Les intervalles restent modestes, ce qui la rend accessible à des voix enfantines sans adaptation majeure de la tessiture.

Présenter La Strasbourgeoise comme objet d’histoire, pas comme chant de caserne
La Strasbourgeoise figure au répertoire de défilés militaires, de cérémonies patrimoniales et de chorales. Elle a été enregistrée notamment par la promotion Cadets de Saumur du Prytanée en 2001, puis publiée en 2002 dans le Carnet de chants Royal des Vaisseaux du 43e RI. Cette diversité d’usages offre une porte d’entrée intéressante pour les enfants.
Présenter ce chant uniquement comme une marche militaire risque de réduire sa portée. En revanche, l’aborder comme un document sonore qui témoigne d’une époque permet de croiser histoire, géographie (localiser Strasbourg, l’Alsace, la Lorraine sur une carte) et éducation musicale.
Un angle adapté selon l’âge du groupe
Pour des élèves de cycle 2 (CP-CE2), se concentrer sur les deux premiers couplets suffit. Le dialogue entre le père et la fille est concret, presque théâtral. Les enfants peuvent le jouer sous forme de saynète avant même de le chanter.
Pour des élèves de cycle 3 (CM1-CM2), le texte complet devient exploitable. La question du refus de l’aumône dans les derniers couplets ouvre une discussion sur la notion de dignité et sur le contexte de l’annexion de 1870. L’enseignant peut s’appuyer sur une frise chronologique simple : guerre franco-prussienne, traité de Francfort, retour de l’Alsace-Lorraine à la France après 1918.
Adapter sans dénaturer : les limites de l’exercice
Modifier les paroles pour les adoucir (remplacer « haïssons » par un mot plus neutre, par exemple) pose un problème de fidélité au document. La Strasbourgeoise est un texte patriotique ancré dans un contexte de revanche. En gommer la dureté revient à priver les enfants de ce qui fait sa valeur documentaire.
L’approche la plus cohérente consiste à conserver le texte original et à l’encadrer par un dialogue. Avant de chanter, on explique. Après avoir chanté, on discute. Le chant devient alors un support de réflexion, pas un simple exercice vocal.
Les retours terrain divergent sur un point : certains enseignants préfèrent ne travailler que les couplets narratifs (1 à 4) et laisser de côté le passage où l’enfant refuse l’aumône de l’ennemi, jugé trop chargé idéologiquement pour de jeunes élèves. D’autres estiment que c’est précisément ce passage qui donne au texte sa dimension historique. Le choix dépend du projet pédagogique et de la maturité du groupe.

